Un programme d’accueil en France pour les chercheurs réfugiés [Science et Avenir]

Le Premier ministre Bernard Cazeneuve a inauguré le programme d’accueil PAUSE des scientifiques étrangers en exil, qui concerne pour le moment 12 Syriens, 10 Turcs, un Irakien, un Algérien et un Yéménite.

Programme d'aide à l'Accueil en Urgence des Scientifiques en Exil (PAUSE)

Image d’illustration : manifestation pro-migrants à Londres en octobre 2016. NOEMI GAGO/SIPA

 RÉFUGIÉS. 
Un programme pour accueillir les chercheurs en exil : c’est ce qu’a annoncé jeudi 2 mars 2017 le Premier ministre français Bernard Cazeneuve. Vingt-cinq scientifiques de Syrie, de Turquie ou d’Irak vont ainsi pouvoir travailler en France, une nécessité pour que l’hexagone demeure « une terre d’asile ». L’occasion pour le chef du gouvernement de s’en prendre vivement aux positions des candidats François Fillon et Marine Le Pen en matière d’immigration, qu’il juge « en contradiction complète avec le principe du droit d’asile comme avec les obligations internationales de la France ».

Programme d’accueil en urgence

« Nous sommes réunis ce matin par la conviction que la France ne saurait assister passivement à l’aggravation des menaces qui pèsent sur nombre de vos collègues étrangers », a indiqué le Premier ministre aux scientifiques réunis pour le lancement du Programme d’aide à l’Accueil en Urgence des Scientifiques en Exil (PAUSE). Ce programme va permettre d’insérer au sein des établissements français des scientifiques en situation d’urgence, qui fuient les persécutions ou la guerre. Sur 55 dossiers déposés en 15 jours, 25 candidatures ont jusque là été retenues. Douze Syriens, 10 Turcs, un Irakien, un Algérien et un Yéménite vont ainsi être accueillis.

SCIENCE SANS FRONTIÈRES. Un enjeu qui est aussi stratégique pour la France. « Accueillir des étudiants et des chercheurs étrangers constitue une nécessité pour accroître le rayonnement scientifique, économique et technologique de notre pays » et pour « continuer à faire de la France un grand pays, une terre d’asile, un lieu de création, une puissance scientifique », a fait valoir Bernard Cazeneuve. Un astrophysicien syrien de 45 ans, menacé dans son pays pour délit d’opinion, a par exemple pu rejoindre un centre de recherche parisien. D’ici la fin de l’année, « nous devrons être capable de soutenir 150 à 200 collègues scientifiques », a précisé Alain Prochiantz, administrateur du Collège de France qui porte le programme.

Divergences à droite côté immigration

Un programme d’accueil international incompatible avec les positions exprimées par les candidats des Républicains et du Front National, estime le Premier ministre. « Le candidat de la droite (François Fillon) prétend établir des quotas d’immigration, en contradiction complète avec le principe du droit d’asile comme avec les obligations internationales que la France a contractées« , a ainsi dénoncé Bernard Cazeneuve.« Quant à la candidate du Front National (Marine Le Pen), elle soutient vouloir ramener les flux migratoires à un niveau si faible qu’il rendrait impossible non seulement le regroupement des familles et le respect du droit d’asile, mais aussi le recrutement des étudiants étrangers ».

DÉCLIN SCIENTIFIQUE. « En renonçant à attirer les cerveaux étrangers dans nos laboratoires, en se résignant à ce qu’ils aillent massivement alimenter la recherche aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Allemagne ou ailleurs, [ces projets électoraux] consistent tout simplement à organiser le déclin scientifique de la France », a-t-il alerté. Lancé par le secrétaire d’État à l’Enseignement supérieur et à la Recherche Thierry Mandon, le dispositif dispose d’une dotation gouvernementale d’un million d’euros mais recherche activement des partenariats avec les institutions publiques et privées.

Source: Science et Avenir