Turquie : les journalistes emprisonnés contraints de porter un uniforme [RTL]

Des dizaines de journalistes, accusés d’implication dans la tentative de putsch de juillet 2016 ou de liens avec le terrorisme, sont concernés.

Brun pour les détenus accusés d’avoir participé à la tentative de putsch de juillet 2016, gris pour ceux soupçonnés de liens avec le terrorisme. Les journalistes turcs emprisonnés devront bientôt porter un uniforme stigmatisant lors de leurs apparitions publiques, rapporte Reporters sans Frontières (RSF). Une mesure imposée par un décret-loi publié en Turquie le 24 décembre dernier, qui concrétise la volonté du président Recep Erdogan et qui devrait être mise en place dans les prochaines semaines.

Depuis juillet 2017, le leader turc promettait que les détenus suspectés de « crimes contre l’État » porteraient un uniforme spécifique, après l’arrestation d’un ancien soldat qui avait dû porter un vêtement orange rappelant celui des détenus de la prison américaine de Guantanamo. Ainsi, parmi les quelque 58 000 détenus concernés par le décretplusieurs dizaines de journalistes enfermés dans les geôles turques devront se vêtir de brun ou de gris pour leurs sorties publiques, notamment pour aller se défendre au tribunal, rapporte RSF. Seuls les femmes enceintes et les enfants seront épargnés.

« Cette mesure ne vise qu’à humilier, intimider et stigmatiser les détenus concernés. Au mépris de la présomption d’innocence, les journalistes emprisonnés seront ainsi assimilés aux putschistes responsables du bain de sang du 15 juillet 2016. Nous demandons l’abrogation immédiate de ce décret-loi, qui participe de la dérive de la justice turque vers un instrument de vengeance politique », dénonce le secrétaire général de RSF, Christophe Deloire.

La purge des journalistes

Depuis la tentative de putsch de juillet 2016, des milliers de personnes ont été arrêtées. Parmi eux, plusieurs dizaines de journalistes, un triste record du monde, selon Reporters sans Frontières. En tout, d’après les chiffres de RSF, 150 médias auraient été fermés.

La Turquie se classe à la 155e place du classement mondial de la liberté de la presse, sur 180 pays. Le gouvernement turc a mis en place, après la tentative de coup d’État de 2016, un état d’urgence, l’autorisant à emprisonner nombre de professionnels, dont des journalistes, accusés de « crimes contre l’État ». Selon RSF, la Turquie est ainsi devenue « la plus grande prison du monde pour les professionnels des médias ».

Source: RTL