Opération « rameau d’olivier » : journalistes sous surveillance [ARTE]

Dimanche 21 janvier, l’armée turque a lancé son opération militaire « rameau d’olivier » dans l’enclave kurde d’Afrine, en Syrie, près de la frontière turque. L’objectif annoncé : établir une « zone de sécurité » d’une profondeur de 30 km à partir de la frontière entre la Turquie et la Syrie, en combattant les membres de l’organisation YPG implantés dans cette zone. Une opération pour laquelle les autorités turques ont délivré de nombreuses accréditations, semblant inviter de nombreux journalistes, en particulier les journalistes étrangers, à couvrir l’événement. Pourtant, comme le raconte notre correspondante en Turquie, Mayalen de Castelbajac, il est presque impossible de réaliser des reportages tant la surveillance est pesante. Dans cette zone de combats, la population a même reçu l’ordre de ne pas parler aux journalistes.

Opération "rameau d’olivier" : journalistes sous surveillance

Il faut quitter la grande route et rouler quelques kilomètres à travers les champs boueux pour voir enfin apparaître le village de Sugedigi. Depuis cinq jours, les quelques maisons qui le composent sont traversées par un ballet incessant de chars et des soldats partant au combat en Syrie.

La Syrie, qui se trouve « juste derrière cette colline« , nous indique un berger croisé sur le bord de la route. Cet homme d’une quarantaine d’années est en train d’aider une de ses bêtes à mettre bas en gardant un œil sur le reste du troupeau. Son quotidien semble inébranlable. Les deux chevreaux ont l’air en bonne santé, il est heureux. Heureux aussi de pouvoir parler avec nous. Mais ça, c’est avant de comprendre que nous sommes journalistes.

Interdiction de parler aux journalistes

Son sourire s’efface à la vue de la caméra. « Non, non je ne peux pas parler avec vous, les soldats nous l’ont interdit« . L’homme nous explique que nous n’avons pas le droit d’être là, ni d’aller jusqu’au village. De notre côté, nous savons que des équipes de télévision ont pu s’y rendre. Surtout, nous sommes en possession d’une accréditation, un graal censé nous donner accès à cette zone qui court d’Antakya jusqu’à Kilis, au Nord.

Nous continuons donc à rouler. Un peu plus loin au bout de cette route, nous sommes bloqués par un barrage. Quelques soldats montent la garde. Derrière eux, le mur et les combats. Interdit de tourner, interdit d’être là, il faut partir. Le soldat est inflexible. Jusque-là rien de très anormal : lorsqu’il s’agit d’un terrain d’opérations militaires, il est rare que les journalistes soient accueillis à bras ouverts.

Nous rebroussons chemin et passons devant des mécaniciens, qui s’acharnent visiblement à changer le moteur d’un tank. Alors que nous essayons de savoir ce qu’il s’est passé, un véhicule de l’armée s’arrête. Le soldat qui en sort est gradé et charismatique. Il s’empare de nos cartes de presse, et nous donne l’ordre de ne plus bouger jusqu’à l’arrivée de la gendarmerie.

Source: ARTE