La répression des universitaires en Turquie [Thomas Berns]

En janvier 2016, 1128 Universitaires pour la Paix avaient pris l’initiative de signer une pétition en faveur d’une solution pacifique dans le Sud Est de la Turquie. Depuis lors, ces collègues signataires font l’objet de répressions qui ne cessent de s’intensifier.

Cela commença par l’emprisonnement d’un mois et les poursuites judiciaires à l’encontre de quatre d’entre eux : Meral Camcı, Kıvanç Ersoy, Esra Mungan, Muzaffer Kaya, dont les procès commencèrent mars 2016. Une nouvelle audience de ce procès sans fin a eu lieu ce 26 décembre.

Parallèlement à cela, la répression consista dans le limogeage de l’université pour une partie toujours plus importante des signataires : ces limogeages prirent « naturellement » place dans le cadre de l’état d’urgence instauré à la suite de la tentative de coup d’Etat de juillet 2016, avec les purges massives dans toutes les branches de la fonction publique qu’il rendit possible.

Ces limogeages qui frappent massivement la fonction publique se poursuivent, mais depuis le 5 décembre, c’est une nouvelle phase de la répression qui est mise en branle parallèlement, avec le retour des moyens judiciaires : chaque signataire est désormais jugé pour « propagande terroriste », et ce de manière individuelle.

En individualisant les poursuites, le but est de casser la forte solidarité qui règne entre les signataires, aussi bien que de compliquer la solidarité du dehors.

Thomas Berns, professeur, membre du CA et porteur d’un message de solidarité de l’Université Libre de Bruxelles, a assisté à plusieurs audiences.

Dans son compte rendu, il y évoque notamment ses inquiétudes face au retour des cours spécialisées créées depuis l’état d’urgence qui font planer la menace sur la liberté d’expression, mais également son envie de « rappeler avec force que la recherche et l’enseignement universitaire réclament plus que toute autre activité, une totale liberté, une absence de craintes et une confiance mutuelle, pour être inventive, critique, collective et soucieuse de la seule vérité ».

Enfin, malgré la crainte qui ne manque pas de s’infiltrer, malgré l’épuisement, il rapporte que le sentiment qui ressort des témoignages de signataires est avant tout celui d’une solidarité admirable et d’un espoir qu’aucune stratégie répressive ne parvient à vaincre

Et il nous rappelle la nécessité urgente que cette solidarité soit également poursuivie en dehors, par les autorités européennes et par nos universités « que ce soit en assurant une présence internationale lors des procès, en faisant ainsi savoir aux universités turques partenaires qu’elles doivent protéger leur personnel en danger, en ouvrant des chaires d’accueil pour les collègues turcs en danger pouvant encore quitter la Turquie ou en inventant des nouvelles formes de coopération avec les chercheurs limogés ou poursuivis qui ne peuvent quitter le territoire ».

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